mercredi, 20 janvier 2021|

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Un Ministère de l’économie sociale et solidaire, oui, pour combien de temps encore ?


Allez, juste quelques précautions d’usage en introduction pour ne pas pervertir mes propos...
- Je ne suis aucunement pour sa disparition. Je l’ai attendu et salué à sa création
- Cela n’a rien à voir avec mes récentes aigreurs légitimes vis à vis du Ministère concernant l’absence totale de reconnaissance de travail deRessources Solidaires sur l’emploi
- Je ne suis pas au PS, je ne suis pas un anti Hamon, ni en service commandé.

Ceci étant préalablement dit, voici mon hypothèse, que malgré tout, je souhaite fausse !

"D’ici à 10 mois, il n’y aura plus de Ministère à l’Economie Sociale et Solidaire"

Rappelons nous... Il y a 10 ans, la gauche plurielle était aux commandes, Lionel Jospin était le Ier Ministre de Jacques Chirac après les élections, suite à la dissolution de l’assemblée nationale.
Guy Hascoët est nommé Secrétaire d’Etat à l’économie solidaire. Hascoët est un membre du Parti des Verts, et donc, un des éléments de partage du pouvoir de la gauche plurielle.

On remarquera 2 choses :
- Il n’est que "secrétaire d’Etat" et dans l’ordre protocolaire des institutions, le secrétaire d’Etat est en dessous d’un Ministre délégué [1], et donc en dessous d’un Ministre d’Etat ;
- Son domaine est l’économie solidaire, et non l’économie sociale ET solidaire.

Le positionnement est différent et même si mes amis écolos ont eu (et encore maintenant) tendance à surestimer ce positionnement, c’est bien un placard qu’on leur avait donné. Preuve en est l’hostilité qu’Hascoët a reçu de la part de l’économie sociale, et les mauvais souvenirs encore perceptibles. Ce n’est pas le cas de Hamon qui a été unanimement salué. Bon, le positionnement n’explique pas tout, la couleur politique aussi...

Bref...
Hascoët aura fait des choses et donner une empreinte sur 3 éléments :
- Il aura été le premier "repérable" par le grand public de cette économie bizarroïde et méconnue qu’est l’économie sociale et solidaire ;
- Il aura mis en place un appel à projets qui aura connu un certain succès ;
- Il aura mis en place le statut des SCIC, sociétés coopératives d’intérêt collectif.

Ceci dit, fondamentalement, il n’aura pas permis de parler plus que cela de l’économie sociale et solidaire, il aura donné quelques outils en plus pour que le secteur fasse des actions, engage des réflexions, bref, continue à faire ce qu’il faisait. Là, soutenu un peu par le Gouvernement...

L’arrivée de François Hollande a permis donc la création d’un Ministère de l’économie sociale et solidaire, tenu par Benoit Hamon. L’ancien talentueux porte parole du Parti socialiste pendant plus de 3 ans depuis le congrès de Reims portant Martine Aubry à sa tête.
C’est un homme politique brillant, positionné à la gauche du Parti Socialiste, proche d’Henri Emmanuelli [2]. Il a eu plusieurs mandats électifs, plusieurs fonctions au sein de l’appareil, et y compris auprès de Jospin. Ce que je ne savais pas, c’est également qu’il travaille pour Le Fil, société d’études d’opinion co-fondée en 2002. Et est membre du conseil d’administration de l’université Paris-VIII, en tant que « personnalité extérieure » en y enseignant les organisations internationales et les processus décisionnels dans l’UE, en tant que professeur associé. Je ne sais pas si il exerce encore ces activités vu sa récente activité ! Wikipedia ne le dit pas.
Depuis mai 2012 qui a vu le retour de la gauche au pouvoir, il est député de la onzième circonscription des Yvelines lors des élections législatives de 2012 et donc ministre délégué chargé de l’économie sociale et solidaire auprès de Pierre Moscovici, ministre de l’Économie, des Finances et du Commerce extérieur, dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

Les présentations étant faites, je détaille mon analyse hypothétique.

Malgré tout, et surtout malgré un investissement réel des militants socialistes dans l’économie sociale et solidaire, de terrain, de couloirs ou d’appareils, ce secteur n’a jamais été un axe politique important du Parti. Au mieux quelques motions, au mieux quelques textes portés par des militants, au mieux une évidence proclamée que le PS soutenait l’ESS. Evident, oui, mais après ?

Je pense que la création de ce Ministère répond à 2 éléments contextuels :
- Il fallait prolonger et aboutir sur des chantiers que l’ancien Gouvernement avait mis en marche, comme le Conseil Supérieur de l’Economie Sociale et Solidaire. A juste titre d’ailleurs, car il avait fonctionné, des ateliers étaient en marche et l’absence de continuité politique risquait de l’endormir. Parmi les chantiers, la consularité des CRES et le label ESS n’en sont que 2 parmi les plus structurants.
- Une promesse électorale faite aux acteurs de l’ESS par le candidat François Hollande, via son porte parole à l’ESS Thierry Jeantet [3]. Aucune malice dans mes propos, des promesses électorales ne sont pas toujours tenues. Celle là oui, et nous ne pouvons que nous en réjouir. Là dessus se greffe l’accord entre Hamon et la majorité du PS pour une absence de soutien à une autre motion que la majoritaire au congrès de Toulouse, le maroquin est dans les mains de Benoit Hamon.

Et c’est pour ces deux raisons contextuelles, justement, que je pense que le Ministère ne vieillira pas.
Notre Premier Ministre Jean Marc Ayrault est en difficulté. Ce n’est pas tant lui que l’absence de rupture ("le changement, c’est maintenant", transformé en "le changement, c’est quand ?" par les commentateurs politiques) avec les politiques libérales qui le met en difficulté d’ailleurs. Je ne suis là encore, pas un soutien de JM Ayrault, mais je crois en sa capacité à vouloir faire. Il l’a prouvé sur Nantes et sur son parcours de chef des députés.
Mais la crise est là, l’état de la France après 10 ans de droite hyper libérale, la casse des corps intermédiaires utiles et efficaces, le repli sur elle même de la population face aux contraintes quotidiennes, font qu’il y a nécessité de plus grandes ruptures avec des schémas traditionnels [4]
Revenons à notre Ministère de l’ESS. Nous sommes en plein mois de l’économie sociale et solidaire. Nous sommes en plein lancement des contrats d’avenir [5], autre promesse électorale du candidat Hollande. Ce dispositif est piloté par Michel Sapin, Ministre du travail, mais avec 75% réservés au non marchand, Hamon est en position forte sur le dispositif. Enfin, la loi cadre sur l’ESS est en réflexion, les scribes de l’ESS et des administrations concernés écrivent. On sait qu’il y aura dedans la consularité des CRES, le label de l’économie sociale et solidaire, la reprise plus facile en SCOP des entreprises par les salariés.

Alors, objectifs atteints ?

Maintenant, non, mais dans 6 mois... Je fais le pari [6] qu’à l’été prochain, on changera de Gouvernement et que l’on perdra notre Ministère. La diversité fera qu’on verra probablement entrer des membres du PC, peut être des membres du PG [7]. On changera la tête, et même si on la garde, les Ministères seront redistribués. Benoit Hamon, en tant qu’animateur d’une des tendances minoritaires, aura rempli son marché, ce qui légitimement le place en position d’être plus demandeur au sein de l’équipe. Un Ministre d’Etat de l’ESS ? N’y pensons pas, d’ailleurs, cela n’aurait pas forcément de sens.
Je fais donc l’hypothèse qu’il n’y aura plus de Ministère délégué à l’ESS car la loi cadre sera passée, les contrats d’avenir seront enclenchés, le CSES aura été renforcé. Bref, l’institutionnalisation de l’ESS aura été aboutie, chacun aura gagné son sussucre [8]. Hamon a fait le travail, on passe à autre chose...

L’ESS a t elle besoin d’un Ministère ? Oui et non. Oui, car il faut le poids politique pour ancrer dans les textes l’alternative ESS. Non, car elle existe depuis longtemps sans cela.
Faut il autre chose ? Oui. Remettez nous un vrai délégué interministériel à l’économie sociale et solidaire, avec des équipes, du budget et sans cette tutelle de la DGCS, qui mélange allègrement tout, sans en ressortir de particularisme.

Et vous, qu’en pensez vous ? Pensez vous que je suis négatif ? Pessimiste ? A côté de la plaque ?
Et qui serait un bon délégué interministériel ? Sachant que nous avons des illustres comme Hugues Sibille ou François Soulage, qui sont eux encore des acteurs de haute portée de l’ESS actuelle...


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[1ce qu’est Benoit Hamon

[2Ah, Henri Emmanuelli, le seul membre du PS qui m’aurait fait prendre ma carte !

[3Un grand personnage, passionnant, que je verrais bien délégué interministériel, si il n’avait pas sa carte au PRG !

[4Le débat autour du coût du travail aura été le pompom...

[5Evitons ce sujet ô combien attristant pour nous, vu le peu de reconnaissance que le Ministre a fait de notre travail depuis 10 ans

[6Que j’espère perdre

[7Mais j’y crois moins

[8Remplacer par "poste", place, ...


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Ma formation initiale est un parcours supérieur dans les sciences humaines et le travail social, car je place l’humain au centre de toutes mes réflexions et souhaits d’agir.Retour ligne automatique Intéressé par l’insertion professionnelle à l’origine, mon intérêt pour le 19ième siècle et l’émergence (...)
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