mardi, 20 octobre 2020|

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Une droite délivrée, une extrême droite libérée,... Une gauche frappée ?


Sur les 2 dernières semaines, la France a pu assister à des violences venues d’un passé lointain ; celle de l’extrême droite ! Et par ce terme, j’embarque tout ce qui fait sa "saveur" : antisémitisme, racisme, populisme identitaire, patriotisme déplacée,...

Commençons par l’assassinat de Madame Knoll, octogénaire parisienne, tuée et brûlée dans son appartement. Même si l’enquête se dirige vers un crime crapuleux [1], le caractère antisémite est assez vite apparu. Je suis toujours surpris de la facilité à qualifier d’antisémite des crimes pratiqués sur des personnes de religion juive. On ne fait pas la même chose quand c’est un athée, un musulman ou un catholique. Notre fond antisémite en France est connu, reconnu, analysé depuis longtemps, cela ne fait aucun doute. Mais l’argument saute trop facilement de temps en temps, permettant de clore tout débat sur les questions de politique israélienne... Si tu critiques, tu es antisémite. Si tu frappes, tu es antisémite. Si tu tues, tu es antisémite. Alors que simplement, les auteurs de ces faits violents sont peut-être juste... des abrutis ? Des cons ? Des pauv’types ? Des gens violents avides de délits et de crimes contre plus faibles ? Rappelons nous de Ilan Halimi, de son calvaire par le "gang des barbares" ! Ces derniers avaient "justifié" l’attaque de ce jeune en disant qu’il devait être riche car juif ! Je m’étais posé la question en son temps, je me la pose toujours : est ce de l’antisémitisme ou de la bêtise ? Dire "les juifs constituent une force occulte mondiale qui contrôle les principales richesses et pouvoirs des Etats sans être aux commandes" est pour moi de l’antisémitisme. Plaquer une représentation débile issue des pires propagandes crasseuses n’est pas de l’antisémitisme, mais de la bêtise. Malheureusement, dans les deux cas, les victimes sont là...
Madame Knoll a t elle été tuée parce que juive ? Ou parce qu’âgée ? Ou parce que faible ? Les éléments pourraient indiquer que le "lien de confiance" avec l’un des agresseurs (son voisin qui venait chez elle régulièrement) soit un élément plus probant que celui de la haine d’une communauté religieuse.

Ce qui est remarquable [2], c’est cette violence d’une partie radicalisée de la jeunesse, qui s’exprime à travers des événements délictuels ou criminels, et basée sur des fondamentaux propres à l’extrême droite ; ordre, anticommunisme, antisyndicalisme,... Le constat est frappant : les actions violentes menées par de militants liés à l’extrême droite radicale ne cessent d’augmenter depuis 2010. Le nombre croissant d’événements va de pair avec une radicalisation croissante. Ce militantisme violent se place dans le cadre plus large d’un double processus : d’une part une recomposition des groupuscules en présence ; de l’autre, l’augmentation d’activistes sans appartenance précise, suites aux différentes dissolutions prononcées.

Pour celles et ceux de mon âge et qui ont fréquenté les sièges de l’université dans les années 80 et 90, la simple évocation de l’université d’Assas (Paris) fait penser irrémédiablement aux conflits violents entre les militants de gauche (Syndicalistes de l’UNEF en tête) et groupes étudiants d’extrême droite (GUD et UNI).
Ces jeunes radicalisés de droite se servaient de la batte de baseball comme ils manient le stylo maintenant dans les bureaux politiques du Front National ou des Républicains. Anciens du Front National de la Jeunesse, on les retrouve autour de Marine Le Pen dans son accession irrémédiable vers les hautes sphères de la représentation nationale.

En parallèle du lissage institutionnel du Front National et de la décomplexification de la droite républicaine, les radicaux n’ont pas diminué en nombre et en actions. On en parlait moins. Mais pour qui suit les activités de la fachosphère, la tendance n’est pas à la baisse, elle s’est juste un peu transformée. Les sites internet de propagande radicale se sont transformés en sites internet de ré-information (SIC) qui viennent expliquer aux sceptiques de droite (et malheureusement souvent aussi de gauche) et aux décérébrés de tout poil, où se trouve la vérité. Parce que les grands médias mentent, "tenus par les groupes occultes (et probablement sionistes)" qui ne servent que les intérêts d’une oligarchie et non ceux du peuple.
Et la droite républicaine ne sait pas comment se sortir de cette tension de son électorat qui s’est réaffirmé dans ses valeurs dans un retour aux traditions de la droite dure. Sarkozy en avait fait une orientation de campagne en chassant sur les terres du FN. Wauquiez l’a institutionnalisé chez les Républicains.

Pourtant, la violence a été mise de côté par bon nombre de militants d’extrême droite durant les années 2000, par l’ascension du Front National. Le constat de l’échec de l’activisme violent a poussé les identitaires à évoluer vers un activisme qui relève des happenings inspirés de l’activisme des ONG militantes, comme la « Marche des cochons » à Lyon en 2011 ou l’occupation de la mosquée de Poitiers en 2012.

Les épisodes récents dans les universités (Lille, Montpellier, Paris) tendent à montrer un regain d’intérêt pour l’acte violent. Est-ce lié à "l’abandon" d’une certaine rhétorique radicale (dans le discours) du Front National ? Le lissage inspiré par Philippot depuis quelques années conduit les plus radicaux au silence, et donc à un moment, à sortir du mouvement. Que deviennent ils ? Isolés ? Rejoignent ils des groupuscules radicaux clandestins ? Visiblement, les deux. Mais de toute façon, cette violence radicale basée sur des idées nauséabondes qui ont toujours existé et existeront toujours, trouvera un écho plus ou moins grand auprès des jeunes et moins jeunes. Il y aura encore des attaques comme à Montpellier dans laquelle des profs proches de l’extrême droite ont participé à la castagne, cagoulés, pour "libérer les amphis" des grévistes...

Ne nions pas également l’aspect "anniversaire de mai 68" qui ravive les conflictualités universitaires. 68 est parti des étudiants, gauchistes ou non, mais les universités ont été le creuset de la révolte. N’est ce pas normal de retrouver 50 ans après ces mêmes crispations ? D’autant que la société n’offre pas beaucoup de perspectives à une jeunesse dans un environnement instable et opaque pour bon nombre de jeunes ! Et un retour d’une moralité plus ou moins supportable, avec un patriotisme rampant, que Valls ou Macron portent haut et fort, fleurant bon le conservatisme bourgeois des beaux quartiers !
En face, la gauche est explosée et peine à relayer de façon claire et forte les aspirations d’une partie de la population qui souffre de la mondialisation et des attaques contre un système de protection sociale (malgré tout efficace) basé sur la solidarité collective. Le modèle présenté par un PS ou une France insoumise ne font plus rêver l’ensemble de la gauche qui pourrait se mettre derrière un même étendard.

Alors, retour de la violence des années 70 de l’extrême droite ou épisodes ? Je ne sais pas. Mais tout cela n’augure pas grand chose de bon pour notre société...


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[1Ce terme est particulièrement bien choisie dans le contexte !

[2Dans le sens, "à observer"


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A propos de Le blog de Guillaume
Ma formation initiale est un parcours supérieur dans les sciences humaines et le travail social, car je place l’humain au centre de toutes mes réflexions et souhaits d’agir.Retour ligne automatique Intéressé par l’insertion professionnelle à l’origine, mon intérêt pour le 19ième siècle et l’émergence (...)
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