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Le bio, le meilleur ennemi du commerce équitable ?


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Depuis longtemps, je consomme autant que possible des produits du commerce équitable. Et depuis longtemps aussi, je consomme autant que possible des produits issus de l’agriculture biologique. "autant que possible" car je fréquente des discounter [1] et ces produits sont peu présents... Ou plutôt "étaient peu présents", car depuis plusieurs mois, on les trouve de plus en plus facilement dans les rayons de ces petites surfaces de proximité.

Comme beaucoup je pense, tout a commencé avec le café... Acheter les paquets de café dans son rayon "petit déjeuner" ou dans sa boutique préférée a été probablement le moyen de commencer àconsommer et às’intéresser au commerce équitable. Et pour cause, le café est l’un des premiers marchés mondiaux !

Le café est la culture commerciale par excellence : il est produit exclusivement au Sud mais se consomme essentiellement au Nord. Les pays industrialisés consomment environ 70 % du café produit dans le monde. Les États-Unis sont les plus gros consommateurs, mais l’Europe a la consommation par habitant la plus élevée : jusqu’à10 kg par habitant et par an dans les pays scandinaves. En comparaison, la majorité des pays du Sud a une consommation annuelle inférieure à4,5 kg/hab. En Amérique centrale, plus de 90 % du café est destiné àl’exportation. Toutefois, la consommation de certains pays du Sud, comme le Brésil, augmente rapidement. Wikipedia

Et puis certains ont eu des idées de génie ! Quelle association n’a pas sa boite en fer blanc siglé "Malongo" ? Et d’ailleurs, le café àl’intérieur n’est pas forcément du Malongo, c’est làoù ils sont très forts ...

On trouve beaucoup de produits issus du commerce équitable : café, thé, chocolat, sucre, poivre, épices, banane, ... et du non alimentaire comme le coton ou la rose...

Mais au fait de quoi parle t on ? Le commerce équitable, tout le monde pense connaître, mais quand on s’y intéresse comme je l’ai fait, on s’aperçoit que c’est le bazar... Comme àmon habitude, on va prendre la ligne médiane et se baser sur la définition de Wikipedia.

Le commerce équitable est un système d’échange visant àassurer des revenus décents aux paysans des pays en développement (PED) par des relations de solidarité directe avec les consommateurs du Nord. Il concerne la paysannerie dans son ensemble (production vivrière, matières premières, artisanat). Wikipedia

Il y a donc bien dans cette approche une forte dimension "solidarité internationale", prônant dans un capitalisme compassionnel de meilleures relations entre les pays du Nord et ceux du Sud, dans de meilleures relations commerciales, permettant le développement et l’émancipation des pays en voie de développement. Au delàde l’acte d’achat, il y a donc un acte militant de solidarité avec des personnes éloignées de plusieurs milliers de kilomètres qu’on ne rencontrera probablement jamais, mais que l’on voit souvent mourir de faim dans le poste de télévision [2].
Cette idée merveilleuse de solidarité avec des personnes, qui travaillent, qui sont bien dans les circuits commerciaux mondiaux, et qui souhaitent faire évoluer leurs conditions dans l’éducation et le respect de leur travail et de leur pays, lutte contre le capitalisme sauvage, mais surtout contre les idées protectionnistes des pays (déjà) riches, qui, par le jeu des subventions accordées [3], font mourir les pays plus faibles.

Bref, le commerce équitable avance dans les esprits depuis plusieurs dizaines d’années, au début, exclusivement par les militants purs et durs de la cause [4], puis par les militants des différents causes associatives de l’économie solidaire. Mais depuis une dizaine d’année, le commerce équitable a (enfin) pris un essor important grâce àce travail de fourmis qu’on fait les militants des associations comme Max havelaar France, Artisans du Monde, Artisanat SEL ou encore le réseau Minga. Tous ces acteurs ont participé au développement du commerce équitable dans les esprits, voire même dans les rayons des grandes surfaces [5]. Et c’est comme cela qu’on arrive àun taux de notoriété du commerce équitable de 95% (IPSOS juin 2009). Ce taux de notoriété a connu une forte croissance ces dernières années, puisqu’il n’était que de 9% en 2000, 51% en 2004 et 74% en 2005 ! Et 2/3 des français se disent proches des valeurs portées par le commerce équitable (baromètre Ipsos/ PFCE, avril 2008)... Pourtant, les faits sont tenaces : moins de 10% des consommateurs consomment régulièrement des produits du commerce équitable. Taux de notoriété très fort VERSUS taux de passage àl’acte dramatiquement bas ! Oui, "dramatiquement" car quand la consommation baisse ou stagne au Nord, les stocks s’amoncellent au Sud, mettant en péril àchaque moment le fragile édifice. Ceci vient du mécanisme complexe de l’achat assuré àun prix supérieur au marché, socle du commerce équitable [6].

Si vous voulez d’autres chiffres, histoire de vous poser les bonnes questions, je vous invite àconsulter la page "chiffres" du site de Max Havelaar.

Et puis depuis une (grosse) dizaine d’années, une autre tendance progresse dans les pays du Nord : le bio !

L’agriculture biologique est un système de production agricole basé sur le respect du vivant et des cycles naturels, qui gère de façon globale la production en favorisant l’agrosystème mais aussi la biodiversité, les activités biologiques des sols et les cycles biologiques. Pour atteindre ces objectifs, les agriculteurs biologiques s’interdisent (et excluent réglementairement) l’usage d’engrais et de pesticides de synthèse, ainsi que d’organismes génétiquement modifiés.

Le chiffre d’affaires du marché des aliments bio a progressé d’1 milliard d’euros en 3 ans pour atteindre un chiffre d’affaires de 2,6 milliards en 2008, 25% de plus par rapport àl’année précédente. (Source). Et le bio, on peut le trouver plus facilement car, au delàdes céréales, on peut trouver les produits finis A BASE DE produits issus de l’agriculture biologique : gâteaux, pâtes, jus de fruits, brioches, pain de mie, ... Le marché est beaucoup plus vaste àdévelopper. Couplé àune prise en compte salutaire et manifeste des ravages environnementaux de l’agriculture intensive, les consommateurs se sont intéressés aux produits issus de l’agriculture biologique. Plus sains, ils correspondent aussi àun phénomène de sociétés occidentales, la volonté de faire attention àson corps àl’intérieur, par ce qu’on mange, tendance qui s’est aussi traduite par les alicaments depuis plusieurs dizaines d’années [7]. "5 fruits et légumes par jour, surtout si ils sont bios, et vous vivrez jusqu’à200 ans !"...

- 23% des ventes de produits bio se font dans le rayon crèmerie (lait, produits laitiers et oeufs),
- 17% se font dans le rayon des fruits et légumes frais (dont près des 2/3 de légumes y compris les pommes de terre),
- 18% dans les produits d’épicerie, sucrée et salée,
- 13% dans le pain et la farine,
- 10% dans le vin issu de raisins bio et 4% dans les autres boissons (jus de fruits, boissons àbase de soja,…),
- 10% des ventes de produits bio se font au rayon des viandes rouges et blanches, ainsi que charcuterie-salaison, 3% pour les produits traiteurs, 1% pour les produits de la mer et des rivières, 1% pour les produits surgelés.

Je pense aussi, pour en avoir parler un peu autour de moi, qu’il y a dans l’esprit des gens, une certaine idée de solidarité Nord / Nord dans l’agriculture biologique. On voit les reportages sur les agriculteurs de chez nous, qui passent au bio. On peut presque les toucher, ils nous ressemblent, on peut voir les panneaux "ici, le département est fier de son agriculture biologique !". Car même si les collectivités territoriales ont contribué àl’effort de développement du commerce équitable, elles ont aussi largement contribué àdes politiques publiques àdestination de l’agriculture biologique. Et tant mieux d’ailleurs ! On en trouve dans les cantines, les restaurants d’entreprise, les cafétérias, ... Et dans les grandes surfaces aussi, beaucoup plus facilement que des produits du commerce équitable...

Loin de moi l’idée de vouloir positionner l’un comme mieux par rapport àl’autre... Les deux doivent pouvoir exister. On sent bien quand même que la dimension égoïste du "je me fais du bien en me faisant plaisir" a pris le pas sur le "je fais du bien aux autres". L’idée serait peut être d’imposer le côté bio au cahier des charges du commerce équitable, je sais que d’autres certifications l’ont intégré, que Max Havelaar pousse pour une meilleure prise en compte de la terre...

Les deux approches sont positives pour l’humanité, pour la planète, mais sont rattrapées par les grands acteurs de la distribution. Sans tomber dans l’exacerbation des passions sur le sujet, on peut quand même s’interroger sur cette compatibilité des deux modes de consommation (bio et équitable) àterme, l’un étant endémiquement plus faible que l’autre, et surtout, pendant combien de temps, la mode trouvera écho auprès des bobos, sachant que la tendance sur le "mangeons moins carné !" prend de l’ampleur en ce moment... "La cause animale, meilleure ennemi du bio" sera peut être un prochain article...


D’autres liens ?
- Sur le commerce équitable ;
- Sur le bio ;


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[1Pouvoir d’achat oblige !!

[2Ou en tout cas, dans l’imaginaire collectif

[3Bien entendu, je ne fais absolument pas le procès des agriculteurs qui survivent àpeine, bien souvent, mais d’un système particulièrement perverse, dont la PAC fait partie !

[4Souvent des militants CFDT et/ou de tradition catholiques

[5Pour certains, je sais !

[6Car on le sait bien, le marché ne PERMET PAS le DEVELOPPEMENT du CITOYEN ! Il n’y qu’Alain Minc qui le pense !

[7Le yaourt qui soigne l’intestin, le beurre qui évite les infarctus, la boisson qui évite les rhumes, ...


1 Message

  • Le bio, le meilleur ennemi du commerce équitable ? 14 juillet 2010 19:45, par Guillaume - ekitinfo

    Le commerce équitable a fait de nombreux progrès dans le domaine de l’environnement. Par exemple, 30% du volume de café labellisé Max Havelaar est certifié biologique et 100% des fruits sont biologiques.

    Je pense que le commerce équitable et le bio sont complémentaires. Le succès de l’agriculture biologique annonce peut-être le succès des ventes du commerce équitable...

    Voir en ligne : Commerce équitable et environnement

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Ma formation initiale est un parcours supérieur dans les sciences humaines et le travail social, car je place l’humain au centre de toutes mes réflexions et souhaits d’agir.Retour ligne automatique Intéressé par l’insertion professionnelle à l’origine, mon intérêt pour le 19ième siècle et l’émergence (...)
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