vendredi, 5 mars 2021|

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Et vous, avec qui êtes vous en concurrence sur le marché des demandeurs d’emploi ?


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Depuis plusieurs années àcôtoyer les demandeurs d’emploi dans l’économie sociale et solidaire, j’ai acquis quelques réflexions sur leurs parcours et sur leurs difficultés. Sans pour cela pouvoir souffrir la comparaison avec des conseillers professionnels (de formation), je peux quand même attester d’une certaine expérience qui permet de porter UNE voix, celle de Ressources Solidaires, acteur intermédiaire sur le marché de l’emploi dans l’économie sociale et solidaire. N’en déplaise àcertaines et certains, la relation quasi quotidienne avec vous (acteurs, chercheurs d’emploi, universitaires, consultants, offreurs d’emploi et autres) permet d’affiner notre connaissance. La mienne en particulier.

Revenons donc àvos concurrents ! Car si vous êtes arrivés sur cet article, c’est probablement que le titre vous a inquiété, intéressé, chagriné, indigné,... De plus en plus, j’interviens devant des groupes (étudiants, demandeurs d’emploi, militants, ...) pour parler du marché de l’emploi dans l’économie sociale. Ces interventions s’appuient sur les échanges, l’expérience et les apports théoriques divers et variés. Aucunement, nous ne pouvons prétendre tout savoir et tout connaitre, mais seulement une grande partie, car notre activité fait que nous croisons tous les profils, tous les acteurs, toutes les situations. Et cela nous permet d’obtenir une relative objectivité dans le discours. Ce qui en chagrine et froisse plus d’un, tant nous insistons sur le fait qu’il y a peu de différence entre un recrutement dans l’économie sociale et dans l’économie traditionnelle, qu’il n’y a pas d’outils particuliers àl’ESS pour être recruté et que les compétences sont le premier atout d’une candidature (Et non les valeurs !). Ces approches froissent, ne le cachons pas ! Elles froissent d’autant plus que le candidat se trouve dans un environnement militant, et par essence subjectif, ou que le candidat est plutôt neuf dans sa recherche, sans recul.

Mais ces interventions sont aussi faites, pour leur commanditaire, pour dissuader des personnes souhaitant travailler dans l’ES, mais qui ne trouveraient pas leur place de professionnel, mélangeant allègrement cause [1] et contrat [2]. Car le salarié d’un organisme de l’économie sociale et solidaire est AVANT TOUT un professionnel technicien et non un militant. L’erreur serait de confondre "adhérer au projet politique de la structure" et "porter le projet politique de la structure", au risque de se retrouver sur des positionnements maladroits, risqués, voire dangereux, mais surtout incompréhensibles et sources de conflit. Ceci n’empêche pas le salarié [3] de se retrouver dans le projet d’entreprise, ses objectifs et ses outils, dans le cadre de son positionnement salarié, donc avec un rapport de subordination aux hiérarchiques et àl’employeur, le conseil d’administration.

Ce soucis de positionnement est moins souvent objet de polémique chez une certaine partie de vos concurrents sur le marché des demandeurs d’emploi. J’ai pu identifier 3 populations de demandeurs d’emploi dans l’économie sociale et solidaire, la troisième étant vraiment spécifique au secteur, du fait de sa forte connotation de valeurs.

Première population : les primo accédants. Il s’agit des jeunes diplômés en général, qui arrivent tout frais moulus de leurs études, sur le marché du travail. Leur point fort est leur coà»t en général, mais leur point faible est leur manque d’expérience. Même en valorisant fortement les stages effectués pendant les études, quelques années de travail feraient mieux sur le CV.

Deuxième population : les "pourquoi pas" [4]. Ce terme est copyright Ressources Solidaires, car il illustre parfaitement le cheminement intellectuel éclair : le chercheur d’emploi trouve une offre de poste de l’économie sociale et se dit "une asso / une coopérative / une mutuelle, pourquoi pas ?". On comprend aisément que c’est bien l’offre qui l’intéresse et non l’entreprise ou le secteur de l’ESS en premier. Il est un chercheur d’emploi et il veut en trouver. Le "pourquoi pas" est terriblement dangereux pour les primo accédants parce qu’il a de l’expérience. Et il est directement en concurrence avec la troisième population.

Troisième population : les "convaincus". Ici, on ne peut pas travailler pour le "grand capital". Seule l’économie sociale (et surtout solidaire) trouve grâce àleurs yeux. Bien souvent, cette population est celle qui souffre le plus des difficultés du marché, car beaucoup ne comprend pas pourquoi ils ne trouvent pas alors qu’ils ont les valeurs, les connaissances, voire même le réseau. Et ils ont du mal àcomprendre pourquoi les recruteurs passent AUSSI par des "pourquoi pas" ! A noter que les "convaincus" peut être aussi des primo accédants, ce qui rend souvent TRES TRES difficile la discussion sur la démarche d’objectivation et d’optimisation des atouts.

Clairement, les "pourquoi pas" sont des concurrents sérieux, d’autant que le marché de l’emploi aidant, ils viennent sur des profils de poste auxquels ils n’auraient peut être pas pensés... Portés par une société de plus en plus difficile àcomprendre, des aspirations éthiques et sociétales renforcées (Commerce équitable et tourisme durable en tête !), les "pourquoi pas" se renforcent dans leur "pourquoi pas" attitude pour aller sur des terrains sur lesquels on ne les attendait pas. Et ne croyez pas, surtout pas, que les "pourquoi pas" ne soient pas attendus exclusivement sur des postes communs àl’économie traditionnelle (Fonctions support en tête). L’insertion, l’accompagnement àla création d’entreprises, la finance solidaire, les ONG ont souvent besoin de professionnels que les filières spécifiques de l’ESS ou le bénévolat ne préparent pas. Rendant de plus en plus congrue, la portion de métiers directement issus des filières de formation spécifique àl’économie sociale.

Mais c’est un autre débat qui fera l’objet d’un autre article...

Et vous, vous êtes dans quelle groupe ? Les primo accédants ? Les "pourquoi pas" ? Les "convaincus" ? Dites moi...


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[1Raison d’un engagement dans un combat, un échange

[2Accord bilatéral encadré par le code du travail et une fiche de poste, dans notre contexte

[3Voire même c’est conseillé !

[4Les anglosaxons les appellent les "non aligned", c’est àdire les "non alignés".


7 Messages

  • Bonjour,

    Quelle bonne lecture pour un lundi après-midi veille d’un férié, cela fait écho àune petite voix intérieure qui dit depuis quelques années "tu as des convictions, certes, mais tu ne t’inscris pas dans une logique de groupe, militante, et organisée. L’ESS serait-elle tout de même pour toi" ? A la lecture de cet article j’ai envie de dire : et pourquoi pas ?

    Merci, àbientôt, Charlotte

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  • En CDI depuis 5 ans et 8 mois, j’ai décidé de quitter mon poste de consultant emploi, prestataire ANPE. En accord avec moi-même et ceux qui "partage ma vie" . Ma vie professionnelle me convenait très bien jusqu’àce qu’on vienne me dire sur un ton peu amène, que j’octroyais trop de rendez-vous , et qu’àhauteur de 45 mn strictes par RDV, je devrais pouvoir enchaîner 6 RDV par jour....

    J’ai la prétention de mes résultats.

    Et je pense, peut-être àtort, àvous lire , que les consultants emplois qui travaillent au sein de l’ESS peuvent, eux se permettre d’accorder un peu plus de temps, tout en restant très compétitifs au regard d’une institution comme pole emploi.

    Ce projet mà»rit depuis quelques mois.Il s’est cristallisé autour de l’ESS depuis que j’ai vu ce chiffre : 10 % de l’emploi en france.... C’est, me dit-on, un marché bien "caché"... Pourtant, il y’a des "demandeurs d’ESS" et des "employeurs ESS" Ce qui se passe entre les deux, voilàce qui m’intéresse . Pour que ce qui est caché le devienne un peu moins et ose la lumière de la concurrence en plein jour, puisque, j’en suis d’accord il s’agit avant tout de "compétences" et non de considérer l’ESS comme un vivier d’emploi par "défaut", le leader price de l’emploi.,

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  • je me situe plutôt dans les "pourquoi pas" avec une petite pointe de "convaincus" Après 3 mandats de 4 ans comme directeur élu par l’AG dans le secteur associatif (enseignement sportif àbut lucratif) et autant dans divers conseils d’administrations j’ai suivi une formation de responsable dans l’ESS. J’ai découvert làun vaste secteur économique qu’ auparavant j’avais du mal àsituer. J’ai encore de la difficulté àdéfinir les limites : une jungle peut-être encore plus austère que dans d’autres secteurs d’activités ou c’est quand même plus clairement affiché.

    A but lucratif ou non : l’origine de fonds publiques ne veut pas dire qu’il n’est pas lucratif. La chasse aux subventions ou autres financements n’est en rien plus respectable que la pure et dure loi du marché. Valeurs et/ou compétences : le premier serait plutôt une des motivations du demandeur, le deuxième dans les critères de l’offre d’emploi. Suivant le type de poste il est clair que les deux peuvent intervenir. Appartenance ou non àun groupe politique/social/culturel : Dans beaucoup de milieux associatifs les projets piétinnent où sont inexesistants, l’adhésion aux valeurs du groupe prime sur les compétences pour se voir confier une mission, quitte àen oublier les objectifs.

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  • Bonjour et merci pour votre article... j’ai prit une certaine claque en le lisant... D’une part, parce que je me trouve coincée entre deux profils types : celui du primo accédant et celui du convaincu, et que je déteste avoir le ... entre deux chaises. J’ai fait mes études (àpartir de la licence) en ayant pour moteur les valeurs portées par l’ESS mais également un sacré mentor, enseignant chercheur, rencontré àl’Université.

    J’ai poussé àfond ma passion, mes valeurs et mon objectif de vie durant toutes mes années d’études (6 au total, 2 DEA en sciences humaines avec des recherches et mémoire sur l’engagement associatif et les motivations du bénévole dans le milieu associatif) pour me retrouver en totale souffrance devant le constat des difficultés du marché (du travail) avec un bagage universitaire comme le mien. En effet, et je reprend vos termes, je n’ai pas compris "pourquoi je ne trouvait pas alors que j’avais les valeurs, et (quelques) connaissances".

    Il m’aura fallu deux ans, 10 mois de bénévolat àtemps plein et 6 de service civil volontaire associatif, pour trouver enfin une association (Intermédiaire !) qui me donne la chance (et peut être grâce àmon "coà»t") de me faire une véritable expérience terrain (autre que celle réservée aux recherches). En bref, j’ai toujours senti que je voulais travailler dans le secteur de l’ESS, mais je n’ai jamais pensé tomber sur des concurrents qui n’en avait pas forcément la fibre. Qu’est ce qui fait qu’un directeur de structure va choisir un convaincu plutôt qu’un pourquoi pas (et inversement) ? La fibre sociale et les valeurs portées par l’ESS peuvent elles s’acquérir "sur le tas" ?

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  • Dans la société de marché, le marché étant la finalité de tout, ce questionnement utile manque d’aire. Faisons l’hypothèse que nous soyons àce point dans l’embarras pour connaître l’autre ( celui de l’ESS ou celui qui ne s’en revendique pas), qu’il faille nous en remettre aux enfants et aux jeunes rencontrant "le monde du travail". Ceux-ci questionnant les conditions sociales et environnementales de production, ceux qui " occupent" l’actuel espace de l’emploi.

    Posture embarassée des tenant du pouvoir d’accueilir ou non et de soumettre, détenteurs de l’autorité pour convaincre et de la compétence pour démontrer. Cette hypothèse trouve un fil rouge dans les Journées Européennes du Patrimoine (JEP) pour placer les métiers dans des paysages ayant une histoire sociale ( 19 et 2O septembre), une Agora ( prologue des Assises Régionalse) le 10 octobre, le Mois de l’Economie Sociale et Solidaire avec la Semaine de la Solidarité Internationale et les 20 ans de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant avec des Assises Régionales de la Jeunesse( novembre) suivi en Rhône-Alpes pour le "Mondial des Métiers" en début février 2010.

    Cet enchainement événementiel va donner l’occasion d’une approche anamorphique de l’ESS, sans doute la plus pertinente tellement l’ESS est protéïforme et cependant pas indéfinie. Le marché trouvera dans cette exploration partielle l’occasion de revister ses propres postures, politiques et pratiques ’acteurs.

    Le questionnement des enfants et des jeunes et en miroir l’obligation des adultes d’un questionnement des statuts, des rôles et des fonctions des " entreprises" . Diversité culturelle caractérisée par plus ou moins d’emprise partagée ( dans la maïtrise du capital, de l’objet social et des conditions sociales et environnementales de production), àlaquelle les échanges intergénérationnels répondront sans doute au delàdu déclaratif et de l’affichage.

    Avec le petit coup de pouce du Ministère de la Culture qui va sans doute épeauler le Haut-Commissaire àla Jeunesse et aux Solidarités Actives pour que les ors de la République ne soient pas le seul centre d’intérêt des JEP.

    En Rhône-Alpes, notre questionnement et notre propsition de processus prologue au Mondial des Métiers vient de franchir le seuil des staffs des Rectorats, du Conseil Régional et de la DRTEFP et des représentations professionnelles dont le MEDEF. Une forme de palier de validation pour réquilibrer un projet du MEDEF celui d’un " Site virtuel des métiers puisque le C.I.C.S.TE Arcure Art. 17 et les Ateliers d’Algebrista tente de faire une défense-illustration de la matérialisation des pratiques professionnelles et de leur territorialisation. A chacun son pouvoir, sa stratégie et ses compétences. Le travail dans des univers virtuels pour le réenchantement et "la valeur travail" peut surprendre. Versus ESS les circuits courts et la coproduction des choix et modes de production avec une évaluation continue participative. Les Journées Européennes du Patrimoine, le Mois de l’ESS, la Semaine de la Solidarité International avec les 20 ans de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, comme prologues àun Mondial des Métiers avec des ateliers et des Forums, une bonne suite àla recherche-action qui prend fin ce 20 juillet 2009.

    Des nons-alignés rencontreront sans doute des alignés qui ignorent l’empleur de leur non-alignement et réciproquement, ces perturbations passées une recomposition du paysage éventuelle complètera l’étonnement. Restera le poids de l’emprise des positionnements politiques traditionnels que traversent autant l’ESS que le Développement Durable avec des valses hésitation qui perdureront encore quelques temps.

    Le 7 juillet, le Rapport du Conseil Economique et Social Régional Rhône-Alpes sur " les parcours individualisés de formation " témoignait d’un étrange flottement, celui de persévérer dans un dispositif qui autolégitime les acteurs institués de la formation professionnelle sans réelle évaluation et la prise en considération des contextes. Ces contextes, ceux des parcours de vie antérieurs aux formations et ceux des statuts et des formes de " gouvernance" des entreprises dans leur espace fournisseurs- clients, disjoints des " parcours individualisés de formation" disqualifient pour une part importante ces dispositifs de formation confusionnels et réductionistes. Ce qu’un temps nous appelions " culture d’entreprise" de l’économie sociale ou pas est devenue une vague soupe sociale indéfinie dont les enfants et les jeunes sont gavés pour leur faire prendre "un job" et dépenser en " loisirs" leurs maigres gains. Au dessus de ce marasme flotte àmille pieds et plus " les gagneurs", ce tableau ressemble fort un tableau traditionnel de l’enfer, du purgatoire et de l’enfer. Retournement de situation, le Pape par une Encyclique suggère de moraliser le marché après l’échec du capitalisme américain qui devait beaucoup aux calvinistes, longtemps références avant un certain épuissement et quelques failles.

    Pour imager mon propos j’userai de la métaphore des poissons considérés dans un bocal ou en pleine mer ou àl’extrême sans " milieu de vie" autre que leur seule enveloppe de poisson.

    Et vous, vous êtes dans quelle groupe ? Les primo accédants ? Les "pourquoi pas" ? Les "convaincus" ? Du bocal, de pleine mer ou poisson séché ?

    Dites moi...

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  • Bonjour, et bien moi c’est àcoup sà»r "pourquoi pas" et je suis entièrement d’accord avec vos propos. J’ai d’ailleurs décroché un entretien pour le poste de chargé d’événements et de communication àpourvoir àla Cres des Pays de la Loire. Merci pour le tuyau sur Viadeo. Il me reste maintenant àconvaincre et àévaluer les éléments de la future fonction comme partout ! Cordialement,

    Caroline Neveu

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Ma formation initiale est un parcours supérieur dans les sciences humaines et le travail social, car je place l’humain au centre de toutes mes réflexions et souhaits d’agir.Retour ligne automatique Intéressé par l’insertion professionnelle à l’origine, mon intérêt pour le 19ième siècle et l’émergence (...)
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