mercredi, 23 septembre 2020|

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Drame du scooteriste tué à Lyon : mauvaise foi et justice expéditive !


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Il y a deux jours est arrivé un terrible accident routier urbain à Lyon. Un conducteur de scooter s’est tué en tombant au milieu de la voie de bus, qui ne l’a pas vu et lui a roulé dessus. Malgré son casque, le conducteur est décédé sur le coup.
Ce qui a créé l’émotion, outre le décès du scooteriste, c’est que le conducteur du bus ne se soit pas arrêté à l’impact. Mis en garde à vue, il a expliqué qu’il n’avait rien entendu, ni rien senti.

Les enquêteurs tentent dimanche 19 août d’élucider les circonstances d’un accident qui a couté la vie samedi au conducteur d’un scooter de 19 ans, écrasé dans le centre de Lyon vraisemblablement par un bus du réseau des transports en commun lyonnais (TCL). Celui-ci ne s’est pas arrêté. Le Nouvel Observateur du 19/08/12

Selon les premiers éléments de l’enquête, les circonstances seraient les suivantes :
- Le scooter remontait une file de voiture par la droite, donc entre les voitures et la délimitation de la voie à droite ;
- La voie de circulation était celle de droite, et était séparée de la voie de bus par un séparateur central axial en ciment (Les bourrelets en ciment de 6 ou 7 cm) ;
- En voulant éviter une voiture, le conducteur du scooter aurait fait un écart, perdu l’équilibre sur le séparateur en ciment et chuté sur la voie de bus ;
- Le corps serait passé sous le bus, au milieu de la deuxième partie du bus, la partie articulée.

Pour information, le scooter roulait avec son casque. Les différents articles lus ne laissent pas percevoir une vitesse excessive ! Chose suffisamment importante à noter, puisqu’en général, que ce soit la presse ou la police, un deux roues motorisé, moto ou cyclo, est toujours en vitesse excessive.

Pour information complémentaire :

Un bus articulé ? "(Autrement appelé bus accordéon) c’est un bus constitué de deux parties rigides reliées entre elles par un axe de pivotement. Il est généralement de conception à un étage et sa longueur varie de 17 à 20 mètres." (Wikipedia). La photo ci contre expose un HEULIEZ GX 187. D’une longueur de 17,86 m pour une largeur de 2,50 m, son PTAC (Poids total autorisé en charge) est de 26 tonnes. Même si ce n’est pas le bus incriminé, il s’agit à peu près du même gabarit.

Un séparateur de voie ? Le mobilier urbain (bac à plantes, arbres, bancs, ...) et les infrastructures urbaines sont une zone difficile d’accès juridiquement pour les associations de consommateurs. La normalisation en France est encadrée par un décret [1], mais (heureusement aussi), tout n’est pas codifié. Les séparateurs de voies sont franchissables par
les véhicules d’urgence mais alertent et dissuadent l’automobiliste de franchir. Mais cette infrastructure, comme beaucoup d’autres, n’a pas été pensé pour les 2 roues, motorisés ou non.

Pour en savoir un peu plus sur les infrastructures routières et urbaines :
- Plan de déplacement de la Communauté d’Agglomération Sofia Antipolis
- Catalogue "Equipement de voiries" de la société ABC Equipement Collectivités (Produits dans les domaines du mobilier urbain et de l’aménagement extérieur)
- Dossier "Infrastructures et réseaux routiers" de la Fédération Française des Motards en Colère

En écoutant l’information au journal télévisé, je fulminais sur mon fauteuil. Seul le conducteur du bus était visé par le reportage. On s’occupait assez peu de la CAUSE de l’accident... Ou plutôt LES CAUSES de l’accident. France 2 l’a juste abordé dans son propos, mais rapidement. En effet, il n’y a jamais un facteur déclenchant un accident, mais plusieurs. Et c’est la Sécurité Routière qui le dit [2] :

plusieurs de ces facteurs peuvent se combiner, il est pratiquement toujours abusif de vouloir identifier une cause unique à un accident. Site de la Sécurité Routière "L’ETUDE DES ACCIDENTS – L’ACCIDENTOLOGIE"

Cela m’a énervé ! J’ai twitté

png/TweetGC190812.png

Ce twitt a été repris une trentaine de fois dans l’heure qui a suivi, preuve que je ne pensais pas que des conneries. J’ai même eu l’honneur de me faire interpeller par Jean Daniel Flaysakier [3], le journaliste médecin de France 2.

Pourquoi j’étais en colère sur le traitement de l’accident ? 2 raisons.

1. On a massivement occulté la cause de l’accident pour ne se focaliser que sur la conséquence. Vous me direz que c’était le principal, vu que le conducteur du scooter est décédé. C’est dramatique, terrible et effroyable, sauf que le rôle d’un reportage n’est pas d’être dans le larmoyant, mais dans la compréhension. Là, en se focalisant sur la victime, on occultait les raisons. D’autant que la cause de la mort du conducteur n’est pas la "mauvaise vigilance supposée" du conducteur du bus, mais bien la chute provoquée par le séparateur, l’épisode malheureux du bus étant une conséquence de la chute. Imaginons que le scooteriste ne soit pas tombé, le bus ne l’aurait pas touché. L’intérêt d’analyser les causes permet de voir que la mort est provoquée par un enchainement de facteurs avec une forte proportion de malchance. Tout autant, avec les mêmes éléments, à une seconde près, le conducteur aurait pu s’en tirer avec juste une trouille monumentale des 20 tonnes le frôlant. Là, non.
L’enchainement est le suivant : le scooter remonte la file, une voiture lui fait peur, il réagit, il heurte le séparateur, il perd l’équilibre, il chute, le bus passe. Modifier l’un de ses facteurs et l’accident prend une autre tournure.
Tous les jours (ou presque), sur mes trajets quotidiens, je passe sur ces saloperies de séparateurs de voies. Non pas que je suis un inconscient et que je fais fi des voies, mais simplement parce qu’ils sont mal positionnés, mal mesurés, mal placés, et surtout PENSES pour des 4 roues, donc stables par nature. Ces séparateurs sont très bien connus des 2 roues motorisés et détestés par ces derniers pour les mêmes raisons que pour l’accident, il déstabilise, y compris des machines de 300 kg !

2. Le conducteur du bus a été jeté à la vindicte populaire. Oui, il conduisait le bus qui a "écrasé" le conducteur. Mais au vue des mensurations du véhicule (20 tonnes, je le rappelle, sur 6 essieux), on peut légitimement penser qu’il n’a pas senti cet aléa (Au sens de "événement imprévisible"). L’un des responsables de la régie de transport défend cette idée :

"Il est tout à fait possible qu’il ne s’en soit pas rendu compte", a réagi le directeur d’exploitation du réseau TCL, Laurent Senigout expliquant qu’"un bus articulé mesurait 18 mètres de long et pesait 15 tonnes".


"Il nous est déjà arrivé, malheureusement, que des conducteurs de bus ne se rendent pas compte d’un accident. Il suffit d’être focalisé sur quelqu’un qui traverse ou je ne sais quoi d’autre pour ne pas s’en apercevoir", a poursuivi le directeur d’exploitation. Le Nouvel Observateur du 20/08/12

Mais, à la limite, peu importe. Qu’aurait il pu faire ? de source policière, "le jeune homme serait tombé sous les roues du bus, sans que le deux-roues "soit heurté" par ce véhicule". Il n’y aurait donc pas eu choc avec le bus. Un coup de frein n’aurait pas suffit. Sauf à dire que le reproche ait été que le bus ne s’arrête pas... Vous qui avez déjà pris des bus en milieu urbain, combien de fois un bus monte sur un trottoir, un séparateur de voie, dans un trou, qui fait qu’il y a secousse ?

Le chauffeur du bus, qui a écrasé samedi 18 août le conducteur d’un scooter, âgé de 19 ans, au centre de Lyon, sans s’arrêter, a été identifié et placé en garde à vue dimanche après-midi, a-t-on appris auprès de la police.


Ce chauffeur du réseau des transports en commun lyonnais (TCL), qui "n’est pas un débutant", selon son employeur, a été placé en garde à vue vers 14 heures. Il était dimanche soir en cours d’audition dans les locaux de la police, a indiqué cette dernière.


[../..] Ceux-ci ont permis d’identifier le bus en cause, a expliqué sans plus de détails, un policier en charge de l’enquête. Le Nouvel Observateur du 20/08/12

On ne cherche donc pas à trouve le responsable de l’accident, mais à savoir si le chauffeur a commis une "non assistance à personne en danger" ?

Pour conclure, je suis peiné pour la famille de l’adolescent tué. Et je suis chagriné pour le chauffeur, car le peuple a besoin d’un coupable. Penser qu’un objet puisse être mis en cause est intolérable ! Un tweet en réponse au mien m’y a fait penser :

png/TweetReponse.png

Et pendant ce temps là, le séparateur central continue de rappeler à l’ordre sans conséquences des automobilistes et à faire attraper des suées à des conducteurs de deux roues motorisés... On vit une époque formidable !


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[2Dès fois qu’on me donnerait pour pas objectif !

[3Je dois faire partie de ses 235 abonnés ! Quel honneur !


3 Messages

  • Et dans la continuité ! 22 août 2012 08:59, par Guillaume

    On apprends aujourd’hui que le conducteur est mis en examen. Et cette mise en examen dépasse même mon "pronostic" :

    Le chauffeur de bus suspecté d’être impliqué dans l’accident mortel dont a été victime un conducteur de scooter de 19 ans, samedi à Lyon, et qui ne s’est pas arrêté, a été mis en examen mardi pour homicide involontaire et délit de fuite, a-t-on appris de source judiciaire. Libération du 21/08/12

    Je suis surpris, doublé d’écoeuré !

    repondre message

  • L’environnement ne doit pas tuer ! 22 août 2012 09:11, par Michel

    Dans les commentaires, ici et ailleurs, ce qu’on lit, c’est que l’objet ne peut être fautif ! C’est le tweet d’Olivier XYZ par exemple.
    En droit, il existe une interprétation juridique de l’intentionnel et du volontaire, mais aussi de l’arme par nature ou par objet.
    Ce que je veux dire là, c’est que oui, peut être que le scooter a eu un comportement à risque (Du à son âge, son manque d’expérience, sa connerie, ...), mais la recherche de ce risque n’était pas la mort, juste le frisson (comme toute personne prenant des risques). Or, l’environnement l’a tué, ce qui n’est pas acceptable, car l’environnement doit penser le risque et protéger des aléas et des comportements humains. C’est par exemple les pieds de panneaux de signalisation qui se déboitent pour éviter les blessures, c’est le doublement des rails de sécurité, c’est ... et c’est ...

    L’objet doit protéger et non pas augmenter le risque.

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  •  :’-(tout le monde est malheureux et personne n’est coupable

    mauvais endroit mauvais moment

    mauvaise infrastructure

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A propos de Le blog de Guillaume
Ma formation initiale est un parcours supérieur dans les sciences humaines et le travail social, car je place l’humain au centre de toutes mes réflexions et souhaits d’agir.Retour ligne automatique Intéressé par l’insertion professionnelle à l’origine, mon intérêt pour le 19ième siècle et l’émergence (...)
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