samedi, 31 octobre 2020|

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De la "dissociation du fond et de la forme" ou comment l’objectif d’utilité sociale vient légitimer le moyen de l’atteindre !


Depuis mon engagement dans le milieu associatif, on m’a toujours dit "la fin ne justifie pas les moyens"... Et son corolaire rhétorique "on ne peut dissocier le fond de la forme !"...

Quand j’ai fait mes études sociales, j’ai pu observer que la "fin ne justifie peut être pas les moyens", mais la "faim" très certainement ... On peut se souvenir, en passant, de la mère de famille condamnée parce qu’elle avait volé dans un magasin pour nourrir ses enfants.

Avec l’arrivée de Sarkozy, Empereur de France et de l’univers entier, la fin justifie les moyens... On pourra citer Sangate, les charters, ... La politique devrait être l’endroit où justement, on ne devrait pas trouver de transgression avec ce proverbe populaire... La politique dans l’acceptation de définition que c’est la gestion collective de la cité, devrait être le domaine sur laquelle on ne devrait transiger sur le couple fond / forme. Et même plus loin, c’est parce que le fond et la forme sont indissociables que l’expression démocratique prend un sens. Et c’est aussi pour cela que le pluralité des opinions est source de richesse et non l’inverse. Concrètement, c’est parce que la gauche et la droite n’ont pas les mêmes moyens de parvenir au même but que la démocratie est riche, que les électeurs jouent leur rôle et que les sociétés avancent. C’est toujours de la confrontation d’idées que naissent les nouvelles idées. Et donc, le bipartisme conduit forcément à un appauvrissement des idées, puisque, à mon avis, c’est l’appauvrissement de la diversité d’opinions exprimées qui conduit à appauvrissement d’idées en réponse à des maux de la société, et par conséquent les crises que l’on peut connaître. Beaucoup d’idées n’est pas forcément le bordel, si c’est un tant soit peu organisé (Et c’est le propre du politique que d’organiser l’expression publique et privée).

Prendre comme paradigme que l’objectif à atteindre légitime la manière de l’atteindre repose, pour moi, sur la représentation libérale. La liberté de faire et créer sans contrainte pour atteindre l’objectif de production (de biens ou de services). "Laissez moi faire, vous verrez après !" pourrait on résumer... Comme si l’objectif était déconnecté des moyens à mettre en oeuvre pour l’atteindre... Sur Mars, éventuellement, mais pas dans une société, avec une histoire, une culture, un Etat, des acteurs socioéconomiques divers et pluriels, ...

Quelques exemples qui m’interrogent ...

Exemple 1 : Je créé une entreprise de fabrication de savonnettes. Je me développe. Comme je suis un citoyen, je pense à aider les défavorisés et je créé un atelier d’insertion pour emballer mes savonnettes. Je fais un appel à financement public pour monter mon atelier, j’embauche des personnes en insertion pour l’emballage (Et donc des subventions publics car la main d’oeuvre en insertion est subventionnée). L’ambiance y est bonne, les résultats tant humains qu’économiques sont là, l’entreprise se développe. Et puis, je décide de la vendre pour faire autre chose. Je vends, j’empoche les dividendes de la vente. Fin de l’histoire. Moral ? Pour moi, cela coince au niveau de la propriété collective du capital, à partir du moment où l’ambition affichée est sociale et que des fonds publics sont utilisés. Point de remarque, aucunement je ne mets en doute l’aspect social, l’ambiance, la qualité du travail et d’encadrement, juste sur le fond de l’appartenance du capital. Qu’une entreprise capitaliste se développe, c’est ce que lui demande son ou ses actionnaires (Propriétaires individuels des moyens de production). Où est réellement l’entreprendre autrement ?

Exemple 2 : Je suis dans un parti politique, militant de longue date, ayant eu des responsabilités nationales, voire ministérielles. A un moment, légitimement, je pense que je peux être candidat pour la plus haute fonction (Président de la République). Gagner, c’est rassembler. Donc il faut que je rassemble. Soit je rassemble dans mon parti, puis au delà, sur la base d’un projet politique, soit je rassemble en dehors de mon parti, ce dernier devra suivre, comme n’importe quel autre acteur de l’échiquier. Que vous soyez du PS ou des Verts, cette similarité de trajectoire se retrouve entre un désir d’avenir de Royal (Présidentielles de 2005) ou un désir d’avenir de Cohn Bendit (Européennes de 2009 et Régionales de 2010). Dans les deux cas, les formes collectives établies sont vues comme des freins à l’objectif à atteindre. Et la question n’est pas de savoir si c’est la réalité ou non, mais bien de constater.

Exemple 3 : Je suis un citoyen, qui s’interroge sur les maux de la société et dans le monde. La misère, la malnutrition, l’analphabétisme, ... Et parce que j’ai envie que cela change, je créé une association sur mon territoire, type ONG, et je vais solliciter des fonds pour monter un orphelinat au Soudan. Je vais voir les différents (habituels) bailleurs de fonds dans ces cas là, je monte également des collectes de fonds autour de moi par différents biais (Fundraising dans la rue, collecte de produits scolaires dans la grande surface du coin, ...), ... L’objectif est louable (Du verbe louer, synonyme de "complimenter"). Pourtant, tant d’associations se créent sur la base d’une envie (presque) personnelle, morcelant encore un peu plus la solidarité, qu’elle soit charitable ou mécanique. On ne peut dire honnêtement que la démarche est égoïste, mais pourtant, elle l’est un peu, dans le sens où plutôt que d’intégrer l’existant pour monter quelque chose en interne, on créé pour que les contraintes subies soient celles qui soient personnellement acceptables, car choisies : on sait qu’il y en aura, on les anticipe, les intègre car ce sont celles que l’ont choisies

Exemple 4 : Les fondations sont un modèle de projet venu des anglosaxons. Concrètement, des droits intellectuels ou de l’argent sont alloués de façon inaliénable à une fondation par un, plusieurs individus ou un organisme pour conduire un projet à but non lucratif et d’intérêt général. Que l’on s’appelle Bill Gates, France Télécom ou Mac Donalds, le principe est le même : on donne de l’argent sans pouvoir le récupérer pour déployer un projet utile socialement (Vision large) sans en retirer de dividendes financiers. L’objectif est donc social, culturel, humaniste, caritatif, ... Mais quelque part, quelque soit le regard qu’on porte sur les hamburgers ou Windows, n’y a t il pas quelque part une supercherie du capitalisme à réparer les dégâts qu’il a lui même causé par sa recherche de rentabilité à court terme, et donc, de destruction intentionnelle des ressources humaines et environnementales ? Et pourtant, c’est bien ce modèle qui se développe, et qu’on veut nous faire accepter, dans des domaines qui étaient jusqu’alors réservés à la puissance publique : culture, social, éducation, ... Que pensez quand une école est fournie en matériel informatique par la Fondation Bidule ? Quand une association d’insertion est financée par la fondation "Interim Plus" [1] ? Quand une association de protection de l’environnement est financée par la fondation "Machin immobilier" [2] ? Et pourtant, l’objectif est louable...

Le collectif, c’est aussi la contrainte du nombre sur le singulier, mais c’est surtout la possibilité, la capacité à faire à plusieurs, plus que si l’on était resté seul. Coopérer, c’est se mettre à plusieurs pour aller dans le sens d’atteindre un objectif commun, dans le respect des identités de chacun.
Pourquoi alors, oublier ces notions dès lors que l’ambition individuelle dépasse le seuil de tolérance de ce même individu ? Et par ambition, n’y voyez aucunement la carrière ou l’arrivisme, juste l’ambition de faire quelque chose, si possible d’utile et bien (moralement).
La gouvernance, résultat d’une démocratie interne par la représentation de la diversité des composantes, doit être autant un objectif qu’un moyen. Au risque de transformer toute entreprise collective en dinosaure économique.

Ce billet d’humeur est autant à destination des structures collectives existantes, issues de l’économie sociale, qui ne savent plus intégrer du sang nouveau et tombe dans un "népotisme de structures" [3], et qui apparaissent comme les "défenseurs du temple" devant l’innovation que le mouvement des entrepreneurs sociaux [4] qui apparait comme un mouvement souple et innovant, mais qui cache un peu trop les contradictions à faire cotoyer des écoles de commerce et des associations d’insertion, la première formant ceux qui vont "casser" les publics accueillis dans les deuxièmes.

Les entreprises d’économie sociale ne doivent pas sacrifier le dogme de la copropriété collective du capital social et la démocratie interne, sur l’autel de la souplesse et de l’innovation. Ce discours plus entendu dans la bouche de Jean Marc Sylvestre pour fustiger la "veille France rabougrie" et glorifier l’entreprise libérale. A l’inverse, les entrepreneurs sociaux ne doivent pas s’arroger le droit à l’innovation social, car il n’y a rien d’innovant dans la démarche. L’innovation sociale est celle d’emmener le plus possible les acteurs concernés sur des démarches de coopération, y compris avec contraintes, car la société est sur la tendance à rejeter la contrainte collective pour libérer l’individu. La solution est probablement entre les deux...

’Mettre le vieux monde en pleine lumière et travailler positivement à la formation du nouveau’’ (Karl Marx)


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[1Nom fictif, mais vous pouvez trouver le bon !

[2Grand bétonneur devant l’éternel !

[3A la différence du népotisme familial, ici, ce sont les structures qui se distribuent les cartes

[4Pas l’association constituée particulièrement, mais la dynamique enclenchée


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A propos de Le blog de Guillaume
Ma formation initiale est un parcours supérieur dans les sciences humaines et le travail social, car je place l’humain au centre de toutes mes réflexions et souhaits d’agir.Retour ligne automatique Intéressé par l’insertion professionnelle à l’origine, mon intérêt pour le 19ième siècle et l’émergence (...)
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